TOUTE UNE VIE !

TOUTE UNE VIE !

L’enfance

Je suis née le 25 novembre 1931. J’ai deux frères et une sœur. Ils s’appellent Raymond, Daniel et Suzanne. Mes parents s’appelaient Marie et Jean et habitaient dans un petit village de Normandie : Joué du Bois. C’était un village d’environ 600 habitants, situé dans l’Orne. Il y avait la poste, la mairie, l’église Saint Jean Baptise et le café du coin. Mon père était le facteur du village. C’était un facteur de campagne qui allait voir chaque habitant pour distribuer le courrier. Il enfournait son vélo tôt le matin et rentrait en début d’après-midi. Marie ne travaillait pas mais s’occupaient des animaux : vaches, cochons, lapins, poules ainsi que des enfants. C’était une vie simple, rythmée par les saisons, l’école et les réunions de famille.

Puis un évènement va bousculer nos vies. La deuxième guerre mondiale commence en septembre 1939. J’ai six ans.

 L’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939 a débuté. Elle s’est faite conformément à un pacte conclu avec l’Union soviétique. Dès le 3 septembre, le Royaume-Uni entre en guerre à 11 heures. Ensuite, à 17 h, la France déclare la guerre. Leurs empires coloniaux respectifs les rejoignent également.

Je garde le souvenir des bombardements. Durant toute ma vie, les gros bruits m’ont fait sursautée depuis cette période. Avec ma famille, j’ai connu l’occupation allemande. Jusque dans la maison, ils venaient et s’installaient. Mes parents devaient les nourrir. Je me souviens de ma tante. Elle préparait le repas. Elle les servait en lançant : « tiens, comme pour des cochons ». Heureusement qu’aucun ne parlait suffisamment bien notre langue pour comprendre.

Le bruit de leurs bottes dans la maison si calme auparavant résonne encore dans mon esprit. Ils sont restés quelques temps qui m’ont paru une éternité. Des voisins ont été tués, les vaches aussi. Mon père avait juste réussi à enterrer le « calva » dans la terre avant leur arrivée. C’est une des rares choses qu’il a pu sauver ! J’étais petite. Le bruit des bombardements, des avions est resté gravé dans ma mémoire. La vision des soldats qui me faisaient peur demeure intacte et inquiétante. Toute ma vie sera impactée par des sentiments de peur, par un sentiment d’insécurité.

La fin de la guerre

Nous attendions cette promesse de la fin de guerre depuis longtemps. En 1944, la France est occupée par les Allemands depuis près de quatre ans. Les forces d’Hitler maintiennent leur domination sur la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest. En face, les Alliés cherchent désespérément une stratégie. Ils veulent lancer une offensive. Ils espèrent regagner du terrain sur les forces de l’Axe. La Méditerranée est le théâtre de nombreux affrontements. Cependant, les progrès alliés ne suffisent pas à infléchir durablement le cours de la guerre.

Les Alliés, emmenés par Winston Churchill et le président  Roosevelt, décident fin 1943 d’ouvrir un nouveau front contre l’Allemagne. Mais reste à savoir où lancer l’offensive ? Assez rapidement, les miliaires se mettent d’accord sur l’idée d’un débarquement dans le nord de la France. Ils identifient les plages de Normandie et celles du Pas-de-Calais comme possibles points de chute.

La proximité avec l’Angleterre est un des éléments déterminants de ce choix. Elle permet aux bombardiers d’atteindre les défenses allemandes. Ils peuvent décoller depuis la terre ferme, sans contrainte de ravitaillement. Les bases anglaises constituent également un excellent appui pour l’intense effort logistique exigé par une telle opération. C’est finalement les plages de Normandie qui seront retenues. Les défenses allemandes y sont moins nombreuses que dans le Pas-de-Calais. Le débarquement a donc lieu en Normandie, le 6 juin 1944 et annonce la fin de la guerre.

L’école

Nous habitions juste à côté de l’école. C’était très pratique de ne pas avoir à marcher des kilomètres pour se rendre à l’école. D’un autre côté, dès que la maîtresse sortait dans la cour après l’école, elle me voyait. Elle me demandait si je ne ferais pas mieux de travailler au lieu de jouer dehors ! Je ne me sentais jamais tranquille. En tant qu’ainée de mes frères et sœurs, je m’occupais d’eux. J’aidais ma mère dans ses tâches. Je devais réviser mes leçons. J’ai vécu une enfance où l’oisiveté n’avait pas sa place. Mes parents ne supportaient pas de me voir inoccupée. Dès que j’avais un moment de libre, il y avait des animaux à nourrir. Un frère à surveiller. Une table à ranger. Ou encore des légumes à ramasser dans le potager.

Quand la guerre s’est terminée, j’étais âgée d’une douzaine d’années. L’école avait repris et mon institutrice voulait mettre toutes les chances de notre côté. Elle était très sévère. Je me souviens des dictées où il ne fallait pas faire une seule faute. Elle n’hésitait pas à nous faire défiler dans la cours avec un bonnet d’âne. Devoir me ridiculiser devant mes camarades en cas de faute d’orthographe était devenu ma hantise.

Je retrouvais des camarades de classe pour passer le certificat d’études. J’ai obtenu ce certificat. Cela a marqué la fin de mes études.

A 14 ans, en 1945, je commençais mon premier travail, à Joué du Bois. Je travaillais au café du bourg, Chez Romain, puis chez madame Pitou, la même épicerie café journaux, pendant deux ans.

A la semaine prochaine, pour la suite !

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